Curieux paradoxe : en France, selon les sondages, nous sommes plutôt favorables au don d'organes lorsqu'il s'agit de soi-même. Par contre, au moment brutal où l'être cher vient de nous quitter, plus de 40 % d'entre nous refusent l'acte porteur de promesse de vie pour un demandeur !…
Acte digne qui mérite le profond respect des malades, de leurs proches et des médecins, le don d'organes et des tissus concerne chacun d'entre nous : il n'y a aucune limite d'âge pour être donneur ou receveur… aussi nous appartient-il d'y réfléchir dès maintenant pour prendre position, sans plus attendre, et faire part de sa décision à sa famille.
POUR MIEUX COMPRENDRE
Que greffe-t-on aujourd'hui ?
Pratiquement tout : ce ne sont plus uniquement le cœur, les poumons, le foie et les reins que l'on greffe, mais également le pancréas
, l'intestin, la cornée, les valves cardiaques, la peau, les artères, les os,…
Les progrès de la transplantation moderne offrent actuellement des possibilités quasi illimitées avec le développement des nombreuses recherches effectuées de par le monde dans un domaine non encore totalement investigué : les transplantations à partir de donneurs vivants (membres d'une même famille selon la législation française), dont les principaux avantages sont la réduction du délai d'attente, la programmation de l'intervention hors de tout contexte d'urgence, et des résultats de meilleure qualité.
Peut-on attendre ?
Malgré les incomparables progrès réalisés par la médecine moderne pour accroître l'efficacité des greffes et étendre leur champ d'applications, il reste un domaine où l'incompressibilité reste une incontournable contrainte pour chacun des intervenants : la limite de conservation des organes prélevés. Marge extrêmement réduite pour les organes (de 4 à 24 heures) au-delà de laquelle ils deviennent impropres à la transplantation.
Laps de temps durant lequel la moindre minute compte pour la chaîne impressionnante de professionnels médicaux, paramédicaux, techniciens, transporteurs, forces de l'ordre,… (une centaine de personnes pour certaines interventions) réunis dans l'urgence.
Quelle différence y a-t-il entre le don d'organes et le don du corps ?
Le don des organes à visée thérapeutique. Il porte exclusivement sur le prélèvement des organes et des tissus dont les médecins ont besoin pour traiter des patients dont les organes vitaux sont gravement endommagés ou totalement détruits.
- Le don du corps à la science (qui exige une démarche active de la part de son auteur) est un acte tout aussi volontaire par lequel toute personne responsable peut demander que la totalité de son corps, après sa mort, soit mise à la disposition des étudiants et des chercheurs de la Faculté de Médecine. A la différence du don d'organes à l'issue duquel le corps est rendu à la famille, dans ce dernier cas, il ne l'est pas.
A noter que les 2 actes ne sont nullement incompatibles : toute personne pouvant faire don à la fois de ses organes, de ses tissus et de son corps.
A quel moment les organes sont-ils prélevés ?
Uniquement après que la mort encéphalique du sujet a été légalement certifiée alors que ses organes continuent à fonctionner artificiellement.
Qu'est-ce que la mort encéphalique ?
C'est le décès provoqué par la destruction irréversible du cerveau.
La mort encéphalique d'un sujet ne peut être prononcée par les 2 médecins requis (étrangers aux équipes de prélèvement et de transplantation) qu'au terme d'une série d'observations cliniques rigoureuses définies par la loi. Observations qui doivent être confirmées, soit par 2 électroencéphalogrammes effectués de façon réglementaire, soit par une angiographie cérébrale.
A qui et comment les organes prélevés sont-ils attribués ?
Les greffons sont attribués aux receveurs selon plusieurs critères :
- médicaux (groupe sanguin, âge, morphologie, compatibilité,…)
- éthiques et de justice selon lesquels, notamment, tout un chacun a droit à l'attribution d'organes pour sa survie ou l'amélioration de ses conditions de vie.
Cette attribution est effectuée à l'aide de la liste nationale d'attente gérée par l'Etablissement Français des Greffes.
Comment prélève-t-on les organes ?
Avant toute chose, rappelons que tout prélèvement (par l'équipe qui effectuera la transplantation) ne pourra être pratiqué sans que soient vérifiés au préalable :
- qu'aucune contre-indication médicale ou juridique ne fasse obstacle au projet
- qu'aucune position du donneur contre le don de ses organes ne figure au " registre national du refus "
- que la famille ait été informée et que son témoignage sur les volontés du défunt ait été recueilli.
Techniquement, le prélèvement est un acte chirurgical pratiqué en salle d'opération selon un protocole extrêmement rigoureux où tout est précisé (l'ouverture et la fermeture du corps, l'ordre et la manière de prélever les organes, la qualité des sutures,…) afin que ce dernier soit rendu à sa famille dans les meilleures conditions possibles.
(Tous les frais résultants du prélèvement sont pris en charge par l'hôpital).
Peut-on être certain du sérieux des prélèvements ?
En France, totalement. D'abord, car ces interventions ne peuvent être pratiquées que par des équipes très spécialisées, dans des établissements autorisés (dont le CHU de Caen). Ensuite, parce que le coordinateur hospitalier, présent tout au long du processus, est garant du respect des " règles de bonnes pratiques " du prélèvement. Enfin, en raison de toutes les précautions prises pour préserver la dignité humaine et éviter tout abus. La loi française interdit, en effet, toute vente des organes et tissus, et fait obligation du respect de l'anonymat entre donneurs et receveurs.
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